La voix à l’épreuve du télétravail

Pour nombre d’entre nous la pratique continue du télétravail ne va pas sans difficultés. Ainsi, il n’est pas rare de ressentir une gêne vocale à maintenir la cadence quotidienne des visios conférences répétées, ou des entretiens téléphoniques allongés. En effet, ces pratiques constituent des changements dans le mode d’exercice professionnel. Or, ceux-ci ne sont pas sans risques pour notre santé vocale.

Ce que la voix aime

Pour qu’une voix fonctionne bien il faut avoir un geste vocal économe en énergie, exempt de tensions. Cela concerne à la fois la gestion de la respiration, la coordination entre le souffle et les cordes vocales, le traitement du son par les cavités de résonance (langue, mâchoire, voile du palais, pharynx) et la posture. Le souffle doit s’effectuer de façon à ce que la mise en vibration des cordes vocales se réalise en douceur. La posture doit permettre à la cage thoracique de pouvoir rester mobile et souple, à la colonne vertébrale de s’ériger sans raideur vers le haut, au cou et aux épaules d’être détendues. L’articulation doit être suffisamment précise mais fluide pour permettre aux cavités de résonance de former clairement les sons de la langue (phonèmes).

Mais pour que la voix reste fonctionnelle, il convient également de respecter une certaine hygiène de vie telle qu’une bonne hydratation, un sommeil suffisant, une alimentation saine. Un équilibre psychique stable est indispensable ainsi qu’un environnement acoustique et sonore calme.

Voix et télétravail : une routine potentiellement délétère

Le changement de cadre et de mode d’exercice professionnel s’est fait dans l’urgence excluant toute sensibilisation à la prise de parole prolongée en visioconférence ou au téléphone. Dans ce contextes, nombreux sont ceux pour qui les bonnes pratiques en matière de geste vocal et d’aménagement du poste de travail restent inconnues.
Ainsi, un écran positionné trop bas, incitera à pencher la tête pour le regarder. Parler dans cette posture, menton en avant ou dos un peu voûté, restreint l’amplitude du mouvement respiratoire, ce qui entraine facilement des tensions au niveau des cervicales, des trapèzes, et souvent un appui sur le larynx délétère pour la voix.
Par ailleurs, les conditions acoustiques sont parfois difficiles : écho, bruits parasites ou interruptions fréquentes de la connexion, prise de parole en simultané chez des interlocuteurs qui ne prennent pas le temps de s’écouter, passages dans la pièce où l’on travaille… Tout cela pousse à parler plus fort et plus vite surtout si l’on enchaine les visio-conférences sans micro ni casque.
Enfin, le télétravail provoque facilement des modifications dans les habitudes de vie avec des rythmes différents, un mauvais sommeil, des comportements alimentaires extrêmes allant du trop au pas du tout.

Rester en bonne voix même au travail chez soi : quelques conseils

1) Prendre le temps de préparer son poste de travail :

Tout d’abord, il est important de choisir une pièce tranquille dans laquelle il sera possible de s’isoler et d’en faire son bureau. Elle doit être calme de façon à ce que l’on n’ait pas à couvrir un environnement sonore bruyant. Tout comme pour les troubles musculosquelettiques, l’organisation du poste de travail demande une attention particulière pour le maintien la santé vocale.

Il sera important de faire alterner les échanges avec micro/casque ou écouteurs de téléphone et sans. En aidant à mieux percevoir la voix des interlocuteurs, le casque et les écouteurs permettent de ne pas forcer sur la voix pour se faire entendre. Cependant, à la longue, ils peuvent aussi engendrer une certaine fatigue auditive. L’alternance des deux modes de réception, à l’air et au casque aide à reposer tantôt la voix tantôt l’audition.

2) Mettre son corps et sa voix en bon état de marche :

Si la visioconférence a lieu le matin, prendre le soin de déjeuner correctement. Déglutir permet un agréable réveil des muscles mobilisés par la parole… Garder une bouteille d’eau près de soi pour boire régulièrement avant, voire pendant la visio peut devenir un réflexe de base salutaire.
Parler est un geste psychomoteur qui mobilise les forces vives de l’être. Inviter son énergie corporelle permet de donner tonicité et vigueur à la voix.

De très sérieuses études ont prouvé que 5 minutes de préparation vocale peuvent à elles-seules aider à se prémunir de désordres vocaux. Beaucoup d’exercices existent que l’on trouve aisément dans la littérature dédiée. Nous avons retenu ceux-ci. Ils doivent être effectués très lentement et de la manière la plus fluide possible.

  1. En position debout, comme une algue remuée par les cours de l’eau, bouger son dos, du bassin jusqu’à la nuque. Rouler les épaules d’avant vers l’arrière et inversement, sautiller légèrement pour assouplir ses chevilles. Monter les bras progressivement en inspirant et les abaisser en soufflant sans laisser son dos se voûter.
  2. Bâiller pour détendre sa mâchoire De la même manière, tourner lentement la tête de droite à gauche, vers le bas et vers le haut. Tirer la langue très lentement.
    3/Assis en appuyant son dos sur le dossier de sa chaise, une main sur son ventre, souffler naturellement sur 10 secondes en pressant sur ventre, puis relâcher l’abdomen en laissant revenir l’air.
  3. Sur la voyelle [ou] s’amuser à imiter le bruit d’une sirène : partir d’un son facile, monter un peu vers l’aigu et redescendre vers le bas plusieurs fois. Cet exercice présent dans l’application Vocal’ IZ prépare facilement la voix à moduler.

Pour en savoir plus sur la voix et son utilisation ou pour plus d’exercices et de conseils, consultez la page YouTube de l’application Vocal’iz, disponible sur tous les Stores.

3) Pendant les entretiens, quelques conseils en or :

  • Veiller à ne pas augmenter le volume de la voix au fur et à mesure que la conversation dure. S’exprimer à hauteur et intensité moyennes, en articulant un peu plus qu’à la normale et en parlant plus lentement.
  • Laisser davantage de place à l’écoute de ses interlocuteurs car les messages sont souvent brouillés.
  • S’appuyer sur la gestuelle ou les expressions du visage pour faciliter les réceptions de votre message.
  • Discrètement, revenir régulièrement à l’écoute de son corps et de ses tensions éventuelles, notamment au niveau des épaules et de la nuque.
  • Maintenir sa zone ORL (oreilles- nez-gorge) en bonne santé en s’hydratant régulièrement pour entretenir la viscosité naturelle des cordes vocales, et en veillant à aérer la pièce 10 minutes 2 à 3 fois par jour pour renouveler l’air ambiant.

4) Profitez des moments pendant lesquels la caméra est désactivée :

Maintenir la verticalité du corps, sa tonicité et son énergie est indispensable pour conserver mordant à la voix et vigueur à l’esprit.
Conserver un rythme de vie permettant de suffisamment dormir et de s’alimenter correctement est participent à la bonne santé vocale. En cas de surcharge émotionnelle, qu’elle soit positive ou négative, la pratique de la respiration telle que certaines méthodes psycho-corporelles le proposent (yoga, relaxation, sophrologie) est garante du maintien d’une voix détendue et fraîche

Sources :

La voix, ses troubles chez les enseignants, expertise collective commanditée par la MGEN à l’INSERM, Collection de l’INSERM (2006).
Et votre voix comment va-t-elle ? Francois Le Huche, Ed De Boek, Collection Voix, parole, langage, 2012.
Tout connaître sur la voix - Retrouver, comprendre et maîtriser sa voix en toutes circonstances, Yaël Bensaquen, ed Guy Tredaniel, 2013
La voix Tome 1, Anatomie et physiologie des organes de la voix et de la parole, 4éd, François le Huche, André Allali, Ed Masson,2010

Rédigé par Corinne Loie, artiste lyrique, orthophoniste-vocologiste chargée de prévention pour MGEN.

 

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