Alimentation et environnement : tout est lié !

Les achats directs chez les producteurs et les ventes dans les magasins biologiques organisés en coopératives ont été plébiscités par les Français pendant le confinement. Est-ce une tendance de fond ? Quelles pourraient être les conséquences pour notre santé et notre planète si cette tendance se renforçait ?

« Les circuits courts restent une niche, moins de 1% des ventes, les produits bio représentent, eux, moins de 10 % des ventes des produits alimentaires, relativise Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA, un magazine spécialisé de la grande consommation. Mais ces secteurs sont en forte progression. Ces tendances, très médiatisées, poussent tous les acteurs à s’aligner, à travailler la transparence ainsi que la vente de produits de meilleure qualité. Cela a un effet salutaire sur l’ensemble de la chaîne agroalimentaire ».

Le contenu de notre assiette impacte grandement notre environnement. La quasi-totalité des cours d’eau et des nappes phréatiques sont pollués par des cocktails chimiques de pesticides et de nitrates en France. Dans le monde, un quart des terres sont dégradées et trois quarts des sols ont déjà subi des impacts humains négatifs. Comment cultiver une nourriture riche en micronutriments dans un sol dépourvu de vie bactérienne à cause de l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques ?

L’agriculture industrielle a également des conséquences néfastes sur la biodiversité et donc sur notre santé car cette baisse de la biodiversité joue un rôle crucial dans la propagation des virus1 , comme le prouvent des travaux scientifiques depuis des dizaines d’années. Voici un exemple très concret pour comprendre ce lien : celui de l’épidémie liée au virus Nipah en Malaisie, à la fin des années 1990. L’exploitation des forêts afin de développer la culture de l’huile de palme a provoqué le départ des chauves-souris. Chassées de leur habitat naturel, elles sont allées se nourrir de fruits dans des vergers, fruits qui ont contaminé des élevages de cochons, puis les humains. Ce n’est qu’un exemple, mais c’est un schéma qui se répète. Depuis 1940, le nombre d’épidémies a été multiplié par plus de 10. Pour l’instant, il est impossible de connaître exactement la chaîne de transmission du Covid-19. Mais de toute façon, s’il n’y avait pas eu ce coronavirus, une autre épidémie serait apparue, selon Serge Morand, chercheur Cnrs-Cirad*, écologue de la santé. L’état de la planète et notre santé seraient donc intrinsèquement liés.

Indirectement avec la hausse du nombre d’épidémies ou directement par la qualité des sols, les aliments que nous choisissons ont un impact majeur sur notre santé. Le premier facteur qui incite certains Français à consommer bio est d’ailleurs leur santé. La deuxième raison : la qualité et le goût des aliments notamment achetés dans les circuits courts.

En achetant local et bio les prix peuvent être parfois plus élevés mais selon plusieurs études, l’augmentation globale des prix alimentaires peut être quasiment nulle si l’on prend l’habitude d’acheter moins de viande, moins de produits transformés et plus de variétés de légumes et de céréales. Christian Rémésy, nutritionniste, explique qu’il faut réduire les « calories vides » ingérées c’est-à-dire une nourriture industrielle pauvre en micronutriments, fibres et minéraux. Ces « calories vides » poussent à manger davantage afin de se sentir rassasié.

Plusieurs études prouvent que l’insalubrité alimentaire va de pair avec la dégradation de la santé publique : augmentation des cancers liés aux pesticides, taux de cas d’obésité grandissant, maladies cardiaques et diabète type 2, ...

Article rédigé par Juliette Duquesne, journaliste spécialisée - thématique environnementale

SOURCES

* Cnrs : Centre national de la recherche scientifique ; Cirad : organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes.

1 Pour en savoir plus sur ce lien entre hausse du nombre d’épidémies et baisse de la biodiversité : https://carnetsdalerte.fr/2020/03/25/covid-19-la-baisse-de-la-biodiversite-et-la-hausse-du-nombre-depidemies/

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