Santé des Femmes : « l’égalité ne se décrète pas : elle se construit »

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MGEN a depuis toujours décidé de faire de la santé des femmes un axe fort de son action, pour quelles raisons ?

Clotilde Truffaut : L’engagement pour la santé des femmes s’inscrit dans l’ADN de MGEN. Historiquement, notre mutuelle est née dans le monde de l’Éducation nationale avant de s’ouvrir à l’ensemble de la fonction publique. Aujourd’hui, 70 % de nos adhérents sont des femmes. Leur santé est donc naturellement au cœur de nos priorités.

Mais au-delà de ce constat, nous avons pleinement conscience chez MGEN qu’encore aujourd’hui, être une femme induit des pertes de chances en matière de santé : diagnostics plus tardifs, douleurs banalisées, pathologies moins étudiées.

Si nous n’y prêtons pas une attention spécifique, nous ne parviendrons jamais à une véritable égalité.

Cet engagement n’est pourtant pas nouveau ?

C. T. : Totalement ! Et c’est même l’une de nos constantes historiques. MGEN est progressiste par essence et a toujours été une mutuelle en avance sur son temps. À chaque époque, la mutuelle a pris ses responsabilités pour accompagner des avancées souvent fragiles, parfois contestées, mais toujours justes.

Dès les années 1960, elle a soutenu massivement une pratique nouvelle, l’accouchement sans douleur, une approche alors très innovante qui conférait à la femme un rôle actif dans son accouchement. Cela bouleversait la relation soignant-patiente : la femme devenait actrice de son accouchement, et non plus simple objet de soin.

Très tôt, MGEN a également ouvert des consultations d’orthogénie alors qu’elles étaient encore illégales. Cela peut paraître anodin aujourd’hui, et c’est heureux, mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque : c’était alors une décision militante très courageuse.

De même, MGEN a remboursé l’interruption volontaire de grossesse avant même la Sécurité Sociale, soutenu la PMA pour les femmes seules ou en couple, et pris en charge l’amniocentèse par exemple.

Dernièrement, nous avons lancé la campagne MENOP, qui visait à rendre visible la ménopause dans l’espace public alors qu’elle touche 17 millions de femmes, mais reste encore largement tue. L’objectif était simple : briser un silence qui crée de l’incompréhension, de la souffrance inutile et de l’inégalité dans les parcours de santé.

Comment expliquez-vous que des inégalités dans les traitements persistent encore aujourd’hui ?

C. T. : Elles s’enracinent profondément dans plusieurs dimensions.

D’abord, un héritage historique pèse encore : les femmes ont été globalement écartées de la recherche et de la pratique médicale. C’est cette mise à l’écart qui a durablement ancré l’homme comme référence clinique unique.

La culture médicale est ainsi restée longtemps centrée sur le modèle masculin : les études, les protocoles et les essais cliniques ont été pensés autour d’un patient type homme. Ce biais initial a eu et a encore des conséquences importantes d’une part dans le développement de médicaments, mais aussi dans la pratique médicale. Cela change, mais lentement.

Enfin, il existe, encore aujourd’hui, des stéréotypes de genre solidement établis. Combien de femmes ont entendu : « c’est normal d’avoir mal » ? Ce réflexe banalise la douleur féminine, retarde les diagnostics liés à la douleur – et ils sont nombreux ! –, alimente un sentiment d’invisibilisation et surtout, parfois, peut tuer.

La société a-t-elle, selon vous, suffisamment pris conscience de ces enjeux ?

C. T. : Les choses avancent, mais lentement. Depuis dix ans, plusieurs stratégies nationales ont été lancées sur certaines thématiques – endométriose, santé maternelle, santé au travail – mais nous restons très loin d’une approche globale. Cela a parfois permis des prises de conscience, mais on avance beaucoup trop lentement.

Mais si avancer sur la santé des femmes est capital, il faut également être vigilant à préserver ce que l’on croit, à tort, éternellement acquis. L’IVG par exemple est remis en cause dans certains pays. Ceci nous rappelle qu’un droit ne suffit pas s’il n’est pas garanti dans les faits. C’est pourquoi MGEN agit au quotidien dans l’accès réel à des solutions pour la santé des femmes.

Nous soutiendrons par exemple le Planning familial pour la deuxième édition du baromètre de l’accès à l’IVG. Peu de gens savent qu’une femme sur cinq doit encore quitter son département pour y avoir accès.

Constitutionnaliser un droit est un progrès majeur, nous pouvons nous en réjouir, mais l’égalité d’accès reste la vraie bataille.

Quelles sont les priorités aujourd’hui pour accélérer cette transformation ?

C. T. : La première, c’est la formation. La santé des femmes n’est quasiment pas enseignée dans les cursus médicaux. Il faut introduire une approche différenciée qui prenne en compte les différences biologiques, physiologiques et sociales.

La deuxième, c’est la production de connaissances scientifiques. On ne peut pas améliorer ce qu’on ne mesure pas. C’est aussi le sens de notre action à MGEN : soutenir la recherche, documenter les résultats, développer l’épidémiologie.

Enfin, il faut changer la culture du soin : encourager l’écoute, la co-construction, la confiance. La santé des femmes requiert un modèle partenarial, et non paternaliste.

Cette exigence d’impact change-t-elle la manière d’innover ?

C. T. : Oui. Nous avons adopté une méthodologie très rigoureuse en matière d’innovation dont l’objectif, encore une fois, est l’impact réel. Nous ne perdons pas de temps à chercher l’innovation pour avoir l’air moderne. Les sujets sont trop urgents et importants pour perdre ce temps précieux.

Notre méthode repose sur l’identification des acteurs sérieux, rigoureux scientifiquement et attachés à nos valeurs, qui sont a priori capables de répondre à une problématique de santé. Nous les sélectionnons avant de mettre en place une expérimentation. Après analyse des résultats nous procédons parfois à l’amélioration de la solution avant de décider, in fine, de l’inclure dans l’offre de MGEN.

C’est la seule manière crédible de distinguer l’innovation utile de l’innovation gadget.

J’ajoute, et c’est important, que chacune des expérimentations est proposée aussi aux collaborateurs et collaboratrices de MGEN. Nous sommes extrêmement attachés à ce qu’on appelle la symétrie des attentions.

En quelques mots, quel sens donneriez-vous à l’engagement de MGEN pour la santé des femmes ?

C. T. : Notre engagement est un devoir de lucidité : nous savons le chemin qu’il reste à parcourir. Car la santé des femmes n’est pas un sujet parmi d’autres en cela que c’est une condition de l’égalité réelle. Une égalité qui permettrait de régler nombre de problèmes de fond de nos sociétés. Il ne s’agit pas de marketing, mais de progrès et de justice sociale, en demeurant fidèles à notre histoire et à nos valeurs.