Communication et pandémie : quels ajustements dans la classe ?

Masquer le visage des enseignants et des élèves constituera un facteur d’instabilité majeure dans la relation didactique. Il est nécessaire d’en prendre conscience pour anticiper les difficultés auxquelles tous les acteurs de la situation pédagogique seront confrontés lors de la réouverture des établissements.

Que change le masque pour les échanges dans la classe ?

Les enseignants mettent en place des stratégies spécifiques qui permettent d’établir et de maintenir l’interaction avec le groupe, et de transmettre des informations aussi bien à travers les mots qu’à travers les gestes, les mimiques, les attitudes, la posture, le corps dans l’espace. Le visage dans son ensemble transmet des informations qui sont captées et interprétées par les élèves, et qui contribuent à réguler l’interaction. Nous sommes en effet des êtres de communication plurisensoriels : tous nos sens sont sollicités en vue du succès d’un échange avec autrui. Mais nous sommes aussi des êtres flexibles et adaptables, capables de compenser les obstacles, y compris sensoriels, qui se dressent lors d’un échange. Nous avons donc les capacités de mettre en place des stratégies de contournement des obstacles afin que la communication puisse s’établir.

Le masque constitue indéniablement un obstacle à la communication, dans nos sociétés dans lesquelles on se présente habituellement à autrui à « visage découvert ». En situation de classe, cela peut vite devenir un facteur anxiogène.

Une quantité importante d’informations implicites, d’ordre émotionnel et affectif, sont véhiculées à travers les mimiques du visage de l’enseignant : l’attention, l’écoute, l’encouragement, l’empathie, la valorisation, etc. Ces indices de « soutien à l’apprentissage » ne seront plus détectables par l’élève. D’autant que le visage aide également à décoder l’information : la lecture labiale a une importance considérable dans les interactions ordinaires, La vision d’un visage en mouvement facilite l’écoute, la compréhension et la mémorisation d’un message.
Le masque introduira dans la classe un silence étrange : moins de chuchotements, de sourires et de rires, moins de connivence aussi ! Une gravité nouvelle risque de s’installer qu’il est nécessaire de réduire pour qu’elle ne se transforme pas en chape de plomb.
Quant à la distanciation physique, elle peut se révéler contraignante avec les petites classes, où la proximité spatiale entre l’enseignant et les élèves peut être indispensable pour la bonne transmission des messages, consignes…

Il faut donc opter pour d’autres modalités de fonctionnement, expliciter ces informations qui sont généralement du domaine de l’implicite, compenser verbalement, par la voix, l’intonation, les gestes du corps dans son ensemble.

Il faut inventer des activités brise-glace ! Faire connaissance sans masque pendant quelques instants, en respectant la distanciation physique, bouche fermée (en faire un jeu), visage souriant. Rentabiliser et valoriser les espaces ouverts et aérés, inventer des rituels collectifs de plein air et sans masque, sans parole, rien que le regard et le silence. Se donner à voir au groupe-classe, pour mieux enseigner masqué.
Afficher une photo de l’enseignant, sur la porte de sa classe, à côté de celles de ses élèves.
Prévoir des activités avec un support vidéo enregistré par l’enseignant, visage non masqué. Il vaut mieux communiquer de temps en temps par écran interposé, en ayant le visage découvert, plutôt que de ne jamais présenter son visage aux élèves.

Il est nécessaire que chaque enseignant invente une nouvelle manière d’être dans la classe, pour compenser l’anxiété et l’inconfort généré par les masques et la distanciation physique, et pour atténuer l’impact négatif qu’ils pourraient avoir dans un contexte pédagogique.

Laura Abou Haidar
Maître de conférences Habilitée à diriger des recherches
Université Grenoble Alpes – Laboratoire LIDILEM

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