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"Pour une société ouverte et profondément humaine"

Par Thierry Beaudet, président du groupe MGEN.<br /> Le 6 février dernier, la MGEN réunissait l’ensemble des présidents et directeurs des sections départementales. Cette journée, à mi-parcours des assemblées générales 2013 et 2014, a permis de faire le point sur les projets en cours. A cette occasion, Thierry Beaudet, président du groupe MGEN, est revenu sur l’actualité sociale du moment. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de son discours.

Nous ne pouvons pas ne pas faire écho à l’actualité sociale, ou sociétale. Quand nous observons que certains débats sociaux charrient du procès d’intention, de l’insulte, de la brutalité, nous nous devons de réagir. "Le réveil de la France réactionnaire", titrait le Monde des 2-3 février. Je pense à l’égalité entre les personnes, femmes et hommes. Je pense aux droits des femmes, tout particulièrement à l’interruption volontaire de grossesse. Je pense à la manipulation grossière autour des travaux portant sur le genre.

Il ne s’agit pas ici ou ailleurs de couvrir la diversité des convictions de nos adhérents, convictions que nous ne connaissons pas, par un unanimisme de façade. Il s’agit de rappeler notre projet mutualiste, notre voie mutualiste vers l’émancipation, le progrès humain, individuel et collectif. Il s’agit de rappeler que Liberté, Egalité et Fraternité forment d’abord un ensemble d’exigences à faire vivre au quotidien. L’égalité entre les personnes, femmes et hommes, n’est pas négociable. Elle n’est pas négociable. Ni au nom de textes et pratiques plus que millénaires, ni au nom de coutumes et particularismes et que sais-je encore.
Chaque jeune-fille, chaque femme a un droit complet sur son propre corps.

En 1974, Simone VEIL qui est mondialement respectée, a estimé devoir rédiger ainsi l’Article L.162-1 du Code de la santé publique : « La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse. » La ministre des Droits des femmes, Najat VALLAUD-BELKACEM, qui n’était pas née, porte aujourd’hui la suppression de cette notion de "détresse".
Une femme qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander une IVG. En outre, le délit d’entrave à l’IVG est étendu. Nous approuvons.
Personne ne considère, pas plus hier qu’aujourd’hui, que ce soit un acte banal. Pour autant, empêcher les femmes de s’informer ou d’accéder à l’IVG est inacceptable. Les fermetures de centres IVG, la diminution du nombre de gynécologues ou encore des discours culpabilisants sont en cause. Si le droit à l’IVG est légalisé, il demeure insuffisamment légitimé. Avec d’autres, la MGEN doit contribuer à œuvrer pour faire progresser cette légitimité, ce qu’elle fait.

Je pense à notre appel d’octobre 2011, avec la LMDE, pour le droit des femmes à un accès universel et égalitaire à la santé, appel soutenu par les gynécologues-obstétriciens et de nombreuses personnalités.
Toute faiblesse dans notre vigilance serait irresponsable. Je fais le lien avec ce que l’on appelle, par approximation, la "théorie du genre" pour relever combien notre société est traversée par le manque d’ouverture et de tolérance. Une expérimentation, "ABCD de l’égalité", lancée depuis la rentrée par les ministères de l’Education nationale et des Droits des femmes est interprétée par quelques-uns comme une manière d’imposer "la théorie du genre" à l’Ecole de la République.

De quoi s’agit-il ?
"ABCD de l’égalité" d’abord. Des ateliers visant à lutter contre les stéréotypes masculin/féminin auprès des élèves, non à leur inculquer une quelconque théorie. La transmission des valeurs d’égalité et de respect entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, est une mission de l’Ecole de la République. Comme on refuse les discriminations selon l’origine sociale et ethnique, garçons et filles doivent avoir les mêmes chances. Mais l’école est ancrée dans la société et on peut bénéficier de tous les objets de connexion du monde et nourrir en soi bien des archaïsmes, stéréotypes et préjugés, sources de discriminations. Ainsi, les stéréotypes du masculin et du féminin peuvent limiter la réussite des filles dans des disciplines considérées comme convenant davantage aux garçons et peuvent faire craindre à des garçons d’exprimer leur sensibilité. Alors, "l’ ABCD de l’égalité" offre aux enseignants des outils utiles et adaptés.

Mais vous connaissez la suite : rumeurs et procès d’intention relayés par certains extrémistes et réseaux sociaux, messages appelant à une journée de retrait des enfants de l’école, au mépris de l’obligation scolaire. L’école est accusée de vouloir imposer la « théorie du genre » qui prônerait la transsexualité ou l’homosexualité. Soyons précis. La théorie du genre n’a pas d’existence. Ce qui existe, ce sont des études de genre, un prisme à travers lequel, dès les années 70, dans certaines universités américaines, des chercheuses et chercheurs s’interrogent sur la construction sociale de l’identité. Ce qu’exprimait Simone de Beauvoir en … 1949 : « On ne naît pas femme, on le devient. »

La demande d’égalité des droits entre les hommes et les femmes, puis entre les hétérosexuels et les homosexuels est juste, l’évolution de nos mentalités et l’ouverture aux différences des autres, positive. Nous ne pouvons rien tolérer de ce qui maintient la femme en position d’infériorité. Nous ne pouvons rien tolérer de l’homophobie.

Il est des buts communs, des grands desseins auxquels cela vaut la peine de se consacrer. Parce que nous sommes des militants de l’égalité entre les personnes, entre les femmes et les hommes, nous devons nous faire entendre et joindre notre voix à toutes celles et tous ceux qui aspirent à une société ouverte et profondément humaine.

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