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Valeurs mutualistes 279

Baclofène et alcoolo-dépendance

Baclofène et alcoolo-dépendance : un débat en passe de résolution

Les choses n’ont pas été simples. En 2006, deux ans avant la parution de son livre *, Olivier Ameisen vient proposer un projet de recherche aux professeurs Michel Reynaud, chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Paul Brousse, et Michel Detilleux, responsable de l'unité d'alcoologie de Cochin. Le projet est monté, mais n’obtient pas de financement. Il sera représenté plusieurs fois les années suivantes, le succès de l’ouvrage choc d’Olivier Ameisen précipitant les choses : «On a obtenu un accord mais les pouvoirs publics l’ont financé de façon insuffisante - 300 000 € - quand le simple coût des médicaments pour l’essai atteignait 350 000», détaille Michel Reynaud. En pleine polémique autour du baclofène entre ses farouches défenseurs et des médecins plus réservés, Michel Reynaud est taxé de détracteur : «Je n’ai jamais été contre mais prudent», oppose le psychiatre. Selon lui, l’essai qui vient de débuter, conduit par Philippe Jaury, et celui qu’il mènera à partir de novembre, auraient dû se faire plus tôt : «Cela traduit un désintérêt social des pouvoirs publics pour traiter l’alcoolisme, les pouvoirs publics représentant la société.» Une inertie dénoncée par de nombreux autres médecins, dont le psychiatre Bernard Granger. Il s’adressait ainsi le 28 mars dernier, dans une lettre adressée à Philippe Lechat, directeur de l’évaluation des médicaments et des produits biologiques à l’Agence du médicament : «Retarder l'usage d'une molécule indispensable peut être aussi grave que de laisser commercialisée une molécule dangereuse. En nombre de morts, l’affaire Baclofène risque d’être bien pire que le scandale du Médiator.»

Dans le sillage du pugnace Olivier Ameisen, les patients se sont mobilisés dès 2008 pour obtenir le médicament (un phénomène inédit dans cette pathologie). Le succès grandissant sur Internet, ils recherchent sur les forums des prescripteurs, à l’hôpital pour les cas les plus lourds. En ville, Bernard Joussaume, médecin généraliste, prescripteur de la première heure et créateur en janvier 2010 de l’association Aubes (Association des Utilisateurs du Baclofène et Sympathisants), fait des émules chez certains collègues. «Depuis trente-trois ans, témoigne Bernard Joussaume, je me heurtais depuis des années au problème de l'alcoolisme. J'ai repris espoir et surtout j'en ai redonné !» Tous ne sont cependant pas convaincus, attendant les preuves scientifiques. De son côté, l’Agence du médicament, prétextant redouter l’effet Médiator, ne presse guère le mouvement. En 2012, un consensus est en passe d’être atteint dans la communauté médicale. «Le baclofène doit être essayé, quand les autres traitements ne marchent pas», résume Michel Reynaud. Il estime cependant qu’il serait malhonnête de laisser penser que c’est un remède miracle : «Nous devons étudier le baclofène pour comprendre. Notamment pourquoi il existe des effets secondaires et des échecs de traitements.»


Isabelle Guardiola


* Le Dernier Verre, éditions Denoël

 

Pour en savoir plus

www.baclofene.org : un site militant pour faire reconnaître « l’efficacité et l’innocuité » du baclofène.
www.baclofene.com : des informations et un forum d’échanges.
www.baclofene.fr/portal.php : le site du réseau patient-médecins de l’association Aubes, partenaire officiel des essais cliniques baclofène (PHRC).

 

A lire

Baclofène : 18 hommes et femmes témoignent. Ce médicament les a libérés de leur dépendance à l’alcool et ils ont décidé de relater leurs parcours. Leurs témoignages sont rassemblés dans un livre intitulé «Indifférence» et paru le 2 juillet aux éditions Le Publieur au prix de 19,90€. Ce livre a été réalisé avec le concours de l’Association Aubes (Association des utilisateurs du Baclofène et sympathisants)

www.lepublieur.com