L’Internet, les jeux vidéos, la télévision, etc. ont mauvaise réputation auprès des parents et des éducateurs. Le risque réel sur les capacités cognitives et de concentration est-il avéré ? Pas si sûr.
Nourrices médiatiques, les écrans n’ont pas bonne presse concernant les plus jeunes. Les nouvelles technologies permettent pourtant l’accès à une grande richesse de savoirs, au même titre que les livres. «Platon et Socrate étaient inquiets de l'apparition de l'écriture et se disaient qu’elle allait tuer la mémoire ; Gutenberg a été diabolisé en son temps», rappelle Bernard Croisile. Le neurologue est modéré quant au procès intenté aux nouveaux médias. Il cite les armées de l'air américaines, suédoises et israéliennes qui ont noté que, depuis l'apparition des jeux, leurs recrues avaient des réflexes plus rapides. Il s’appuie aussi sur des recherches scientifiques montrant les effets bénéfiques des jeux vidéos sur certaines capacités cognitives de leurs utilisateurs réguliers : une concentration déclinant moins vite, une vitesse de réaction améliorée, des capacités spatiales et visuo-motrices décuplées, une confiance en soi née de la capacité de vaincre des degrés de difficultés dans un jeu, etc. «On parle souvent d’une amélioration des réflexes, mais il s’agit bien de celle de la logique et du raisonnement, analyse Bernard Croisile. Ce qui est ennuyeux, c'est l'excès et le mésusage.» Le médecin interroge la norme sur la répartition des activités, bousculant les idées reçues : «Il faut que les enfants aient le choix et que les parents contrôlent les excès, mais on ne peut pas dire que la lecture est mieux que les jeux vidéos. C’est différent »
L’Internet permet d’accéder rapidement à des savoirs. Il ne va pas réduire notre capacité à apprendre. Sauf qu’il n’a pas les mêmes caractéristiques que le livre et multiplie les sollicitations : «surfer n’est pas toujours comprendre et l’hypermédia ne permet pas la construction directe de connaissances», souligne Jean-François Rouet du laboratoire langage et cognition-CNRS à l’université de Poitiers. La profusion sur une page Internet de liens hypertextes, d’icônes invitant l’utilisateur à naviguer dans des réseaux inextricables, «bref à prendre un bon bain de connaissances qui se décalqueraient comme par magie dans leur cerveau et y resteraient imprimées longtemps» ne sont, en revanche, pas bons pour la concentration, pour le raisonnement et donc, indirectement, pour la mémorisation. «Le temps moyen passé sur une page web varie entre quinze à vingt-cinq secondes, appuie Bernard Croisile. On a analysé les mouvements oculaires de l’utilisateur qui ne lit pas de façon linéaire et hiérarchisée mais en «sauts de puces».»
Isabelle Guardiola
www.informaticien.be/articles_item-214-Les_effets_positifs_des_jeux_videohellip.html
www.millenaire3.com/uploads/tx_ressm3/textes_rouet.pdf
www.happyneuron.fr/
www.inserm.fr/thematiques/neurosciences-sciences-cognitives-neurologie-psychiatrie/dossiers-d-information/memoire
www.fhi.se/PageFiles/4170/R200518_video_computer_game(1).pdf (en anglais)
C'est vers la quarantaine que nos capacités cognitives déclinent, avec toutefois des variations importantes. Apprendre devient plus coûteux, retrouver plus difficile. Mais, le stock de mémoire est plus important à cinquante qu'à trente ans. Avec l'âge, expérience, savoirs, sagesse s'améliorent ; ce qui vieillit le plus est la concentration et la rapidité. Ces capacités alimentant les compétences cognitives, trouver ses mots ou un nom propre devient plus difficile, apprendre et parfois raisonner plus lent. Lorsque l’on doit faire vite et bien, mieux vaut être jeune, car on résiste mieux à la pression ! «A quatre-vingt ans, il vous faut plus de temps pour apprendre une poésie qu’à vingt ans, mais vous y arrivez ! S’il s’agit d’avoir une réaction rapide de pilote de chasse mieux vaut avoir vingt ans, mais si vous êtes un homme politique et devez prendre une décision mûrie, alors vous serez tout à fait à même de la prendre», résume le neurologue Bernard Croisile. Le temps et l’âge peuvent être constructeurs, et non destructeurs : tel est le message positif qu’il souhaite faire passer.
Dans le chapitre de son ouvrage* consacré à la mémoire des seniors, il souligne que la personne âgée peut longtemps maintenir performantes ses capacités cognitives grâce à la plasticité neuronale, pourvu qu’elle se protège de la malnutrition, de l’alcool et des maladies vasculaires (hypertension, diabète, cholestérol, tabac). Vieillissement sensoriel, repli psychologique, affectif et social progressif sont autant de facteurs qui diminuent les stimulations naturelles de la vie.
Isabelle Guardiola
* Tout sur la mémoire (éditions Odile Jacob, 2009, 26€).