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Valeurs mutualistes 278

Médicaments : overdose de tranquillisants

Les Français : champions de la consommation de "tranquillisants"

D'après le dernier état des lieux de la consommation des benzodiazépines dressé par l'Afssaps (1), parmi les pays étudiés, la France est le deuxième pays consommateur de «tranquillisants» (anxiolytiques), après le Portugal. Une consommation qui augmente avec l’âge, particulièrement chez les femmes. Pour expliquer cette situation, certains spécialistes montrent du doigt les conditions de vie dans la société actuelle : solitude, divorce, chômage, pressions subies par les employés dans leur travail, etc. Pour faire face aux situations difficiles de la vie, le recours systématique aux «tranquillisants» serait devenu une solution pour de nombreuses personnes, et souvent sans l’avis des médecins. Pour l'Afssaps, c'est aussi un problème de formation médicale. Dans son rapport, l'Agence souligne l'importance de renforcer la formation initiale et continue des médecins (2) sur les psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques (somnifères), antidépresseurs, etc.). Car si les « tranquillisants » sont utiles pour certaines personnes et dans certains types d’anxiété, ils ne font pas toujours l'objet d'un traitement adapté.

(1) Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé : www.afssaps.fr/Infos-de-securite/Communiques-Points-presse/L-Afssaps-dresse-un-etat-des-lieux-de-la-consommation-des-benzodiazepines-en-France-Communique
(2) Les premières prescriptions de benzodiazépines sont établies par des médecins libéraux dans 88 % des cas.

Haro sur les usages abusifs ou détournés

Le réseau français d’addictovigilance surveille depuis plusieurs années l’utilisation problématique des benzodiazépines, c’est-à-dire leur usage abusif ou détourné par les toxicomanes. Ces molécules peuvent en effet être recherchées pour leurs effets «paradoxaux», stimulants ou désinhibants, surtout lorsqu'elles sont associées à l'alcool. De tels mélanges sont parfois à l'origine d'accidents dramatiques (overdoses). Les benzodiazépines peuvent aussi être utilisées par les usagers de drogues pour compenser un syndrome de sevrage quand le produit illicite vient à manquer. En outre, des utilisations à des fins criminelles ont été mises en évidence : c'est ce qu’on appelle la soumission chimique *.

Afin d'identifier les substances et les médicaments les plus souvent en cause dans ce type de situation, l'Afssaps a mis en place, en 2003, une enquête nationale à laquelle participent les 13 centres français d'addictovigilance. Commentaires du docteur Michel Spadari, responsable du Centre d'Addictovigilance PACA-Corse (hôpital Timone-APHM) : «D'après les analyses toxicologiques, les benzodiazépines apparaissent comme les substances les plus fréquemment impliquées.» Plusieurs centaines de cas ont été enregistrés au niveau national depuis le début de l'enquête.

Une prise, volontaire ou non, peut par ailleurs induire de véritables «comportements automatiques», avec une désinhibition conduisant à des actes inattendus, sans que la personne s'en souvienne. Selon certains spécialistes, ce phénomène pourrait être à l'origine d'un certain nombre de crimes et délits en favorisant le passage à l'acte. Ces médicaments sont également accusés de favoriser, sous certaines conditions, des comportements suicidaires. Depuis de nombreuses années, l'Aavam (Association d'aide aux victimes des accidents des médicaments) alerte les pouvoirs publics sur ces effets inquiétants. Elle est d'ailleurs en grande partie à l'origine de la décision prise en 2000 par les pouvoirs publics d'avertir le grand public sur le risque suicidaire - chez le sujet dépressif, lorsque les benzodiazépines sont utilisées seuls - via une mention de mise en garde sur les notices des médicaments.

Claire Reuillon


* Elle se définit comme l’administration à des fins criminelles (viols, actes de pédophilie) ou délictuelles (violences volontaires, vols) de substances psycho-actives à l’insu de la victime ou sous la menace.

Pour en savoir plus

www.aaavam.eu
www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/recommandations_bzd_-_version_finale_2008.pdf